Les Femmes Qui Défendent Les Droits De L´homme - Rehana Hashmi

 


Still taken from “Notes to our Sons and Daughters” Project © 2015 Alexis Dixon

Etre une femme au Pakistan est dangereux. Un rapport de la Commission pakistanaise des Droits de l’Homme montre à quel point en listant les nombreux défis auxquels les femmes pakistanaises doivent faire face. Il est encore plus dangereux d’être une femme pakistanaise qui défend les droits de l’Homme. Victime de menaces de mort et de harcèlement, l’une de ces femmes, Rehana Hashmi, elle a dû vivre en cachette.

Rehana est une femme défenseur des droits de l’Homme (FDDH) qui élève sa voix pour les droits humains et plus particulièrement les droits des femmes. Elle a créé deux réseaux nationaux qui concentrent leur travail autour de la défense des droits des femmes (à savoir, le Réseau National pour mettre fin à la violence contre les femmes (EVAW) et le Sisters Trust Pakistan).

Protection International parle avec Rehana de ses expériences personnelles en tant que FDDH, de la situation actuelle au Pakistan et de ses opinions sur les réseaux de protection.

Protection International : Qu’est-ce qui vous a décidé à devenir une femme défenseur des droits de l’Homme (FDDH) ?

Rehana Hashmi : Quand j’avais 8 ans, j’ai vu mon père élever sa voix contre la dictature. Cela lui a valu d’être arrêté et emprisonné. J’ai alors commencé à prendre soin de ma famille et à m’occuper du magasin que mon père avait ouvert. A partir de ce moment, mon enfance a pris fin.

L’activisme de mon père s’en est arrêté là, mais il avait planté une graine en moi. C’est quand j’ai commencé l’école que je suis devenue un défenseur actif des droits de l’Homme. J’ai vu que les filles ne pouvaient pas poursuivre leurs études à cause des frais de scolarité, j’ai donc commencé à collecter de l’argent dans la classe afin de les soutenir. Quand le professeur se montrait brutal avec quelqu’un, j’élevais ma voix.

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« Les autorités m’ont laissé le choix: quitter la ville ou aller en prison. »

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Finalement, j’ai conduit des manifestations étudiantes sur des questions allant de la persécution de Zulfikar Ali Bhutto aux poursuites à l’encontre des shiites. Les autorités m’ont laissé le choix : quitter la ville ou aller en prison. A seulement 17 ans, j’ai quitté la ville.

 

PI : A quoi ressemble le quotidien des FDDH qui travaillent actuellement au Pakistan ?

RH : La situation se détériore. Tous les défenseurs des droits de l’Homme (hommes et femmes) sont ciblés et de nombreux défenseurs sont tués. Il n’existe aucune mesure de sécurité ou réseau de protection des défenseurs de droit de l’Homme. Pire encore, les délinquants sont davantage protégés que les défenseurs ! Pour les défenseurs, c’est très difficile de savoir qui est de votre côté et qui ne l’est pas. Les délinquants peuvent être n’importe qui, n’importe où.

Par exemple, à cause de mon travail, j’ai reçu de nombreuses menaces. Ces menaces allaient des intimidations téléphoniques à des intrusions à mon domicile, les auteurs allant même jusqu’à poursuivre mes filles. Dans un premier temps, je n’étais pas autorisée à déposer des plaintes auprès de la police. Quand j’ai enfin pu y parvenir grâce à l’aide d’un ministre, la police a transmis ma plainte aux médias qui se sont empressés de la publier. Ma famille et moi avons alors dû nous cacher et finalement quitter le pays.

PI : Pensez-vous que votre famille a été ciblée parce que vous êtes une femme ?

RH : Sans aucun doute. Les femmes défenseurs font face à plus de risques que les hommes. Les hommes peuvent fuir seuls et revenir. Quand une femme défend les droits de l’Homme, on peut voir des familles entières être ciblées, comme ce fut le cas pour ma propre famille. Même ma famille étendue a été visée. Après que mon neveu de 17 ans a été tué, ma propre famille m’a dit que je les mettais tous en danger. Des amis ont arrêté de répondre au téléphone quand j’appelais. Je peux le comprendre.

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« Des amis ont arrêté de répondre au téléphone quand j’appelais. Je peux le comprendre. »

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PI : Vous avez fondé le Réseau National pour mettre fin à la violence contre les femmes (EVAW). Pensez-vous que ces réseaux puissent aider à protéger les FDDH ?

RH : EVAW exerce une pression à l’échelle nationale. Nous utilisons le plaidoyer et grâce à cela nous avons vu l’adoption de nombreux projets de loi. Néanmoins, la mise en œuvre de ces lois reste problématique. Il n’existe aucun mécanisme de protection au Pakistan pour les défenseurs de droits de l’Homme (hommes et femmes), pas plus qu’il n’existe de facilité pour créer des réseaux de protection. Les réseaux internationaux quant à eux peuvent aider à la protection des FDDH, mais au moment où ils offrent leur assistance, il peut être trop tard. Le temps est un élément critique dans ces situations.

Les hommes bénéficient davantage des réseaux internationaux que les femmes, parce que les femmes doivent laisser leurs enfants derrières elles. Quelle mère ferait ça ?

C’est pour cela que la communauté internationale doit élever sa voix davantage et soutenir les réseaux locaux. Les réseaux internationaux de protection doivent prendre en compte les différences de genre. Sans soutien adéquat, les FDDH disparaissent. Les femmes sont des acteurs de premier rang du développement des communautés.

 

PI : De quel genre de soutien ou de protection avez-vous besoin ?

RH : Tout d’abord, j’ai besoin de protection physique. Ainsi, je peux me déplacer et dormir sans avoir peur d’être tuée. Ensuite, c’est la protection de ma famille. S’ils ne peuvent pas vous atteindre, ils s’attaqueront aux membres de votre famille.

 

PI : Avez-vous le sentiment que les FDDH sont reconnues par les hommes DDH dans les réseaux « mixtes » (hommes et femmes) ?

RH : Oui, j’ai toujours eu le sentiment d’être dans un environnement de soutien dans ces réseaux. Les hommes défenseurs des droits de l’Homme ont assurément reconnu mes droits en tant que femme. Par exemple, à la fin des années 90, j’ai créé une coalition de la société civile regroupant 3500 membres. Cette coalition se trouvait dans une province conservatrice dominée par les hommes. J’ai malgré tout été élue pour trois mandats en tant que président de ce réseau à dominante masculine. Ces réseaux font toutefois face aux mêmes problèmes en matière de protection.

 

PI : Avez-vous des conseils pour des jeunes FDDH aux prises avec des menaces liées au genre et luttant pour être reconnues comme des FDDH ?

RH : Suivez un programme de formation sur la protection et la sécurité. Créez un réseau local de protection. C’est ce que je vais faire à présent au travers de mon propre réseau. Il faut aussi rester solidaires les unes des autres. Restez conscientes des menaces. Ne vous exposez pas lorsque vous pensez qu’il peut y avoir un danger. Les actes héroïques peuvent vous mettre, vous et votre famille, dans une situation dangereuse. La leçon que j’ai apprise : le soutien, national ou international, peut ne pas arriver à temps, donc vous devez pouvoir, dès le départ, compter sur votre propre réseau local et personnel.

 

PI : Aimeriez-vous retourner au Pakistan ?

RH : Je rêve d’y retourner ! Mon séjour à l’étranger m’a renforcé, et j’ai hâte de pouvoir reprendre le travail. Ce travail c’est ma ligne de vie. Je l’aime et je ne peux pas vivre sans.

 

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« Ce travail c’est ma ligne de vie. Je ne peux pas vivre sans.»

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Pour plus d’information:

Sue Diaz, “Standing with Our Sisters- The life and work of Rehana Hashmi of Pakistan”, Women Peacemakers Program, Univerity of San Diego: 2013

Profile Innovating Peace: Rehana Hashmi. Advisor Sisters Trust Pakistan

 

Traduction: Margaux Boffi

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