Les Femmes Qui Défendent Les Droits De L´Homme - Victoria Atieno, Ruth Mumbi and Gathoni Blessol

Bunge La Wamama Mashinani (en français: le Parlement des Femmes les plus Modestes) est un mouvement social kényan permettant aux femmes les plus modestes vivant dans les quartiers d’habitation officieux de se mettre en contact entre elles, d’avoir accès à l’éducation, l’information ainsi que la possibilité de suivre des formations. Bunge La Wamama est également une plate-forme qui amplifie la lutte des communautés marginalisées.

Protection International a rencontré 3 membres de ce mouvement: Victoria Atieno, Ruth Mumbi et Gathoni Blessol, et a discuté avec elles au sujet des réseaux de protection

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Protection International: Que pouvez-vous nous dire au sujet du projet Bunge la Wamama?

Victoria Atieno: Bunge la Wamama a commencé en 2008 en tant que plate-forme permettant de donner une voix aux femmes, étant donné qu’elles étaient exclues de la vie politique et économique. En nous organisant nous-mêmes en réseau, cela nous a permis de traiter les principaux problèmes qui affectent nos communautés.

Ruth Mumbi: Au Kenya, les femmes ne font pas partie des votants, le mouvement leur a donc permis de s’engager et de faire entendre leur voix, ce qui manquait cruellement dans l’histoire kényane. Nous avons par exemple écrit une déclaration sur la constitution et commencé la campagne Warembo Ni Yes, qui avait pour but de faire comprendre aux jeunes femmes leurs droits accrus dans la Constitution proposée et de voter oui.

PI: Quels sont les principaux problèmes auxquels vous êtes confrontées dans le domaine de la protection?

Gathoni: Blessol : La sécurité. Le pays est devenu de plus en plus répressif et à dominante masculine. Les femmes kényanes ne peuvent pas s’exprimer et vivent dans un état constant de peur. Elles sont réduites au silence à travers le harcèlement sexuel et la violence, les poursuites judiciaires malveillantes et les attaques.

RM: Les cas de brutalité sont en augmentation. Les mineurs ont été spécifiquement ciblés. Nous avons essayé de prendre des mesures en travaillant en liaison avec des organisations de défense des Droits de l’Homme et en exposant les faits aux médias. Comme résultat, nos membres ont été pris pour cible et ont été victimes de plusieurs attaques, j’ai presque été attaquée moi-même il y a une semaine. Malheureusement, ces attaques sont toujours classées en tant que crime normal, alors que ça n’est manifestement pas le cas. Nos membres ont été pris pour cible parce qu’ils font partie d’un mouvement qui défie la société et qui combat ouvertement l’injustice et les abus sociaux.

VA: La plupart du temps nos familles sont également prises pour cible.

PI: Pensez-vous que faire partie d’un réseau vous rend plus fortes et mieux protégées ?

RM: Le réseau nous rend définitivement plus fortes. Nous nous supportons mutuellement, et c’est ça qui est notre force. Nous avons notre propre système de communication : l’information est envoyée vers chaque membre depuis le réseau local, et ce jusqu’aux organisations nationales.

Tout le monde est constamment informé de ce qui se passe à tous les niveaux.

GB : Mais dans un sens, ça nous expose également, parce qu’à travers le réseau nous sommes sous le feu des projecteurs. Bunge la Wamama est un mouvement qui met la société constamment au défi. En écrivant et publiant des rapports, le mouvement met sous le feu des projecteurs non seulement les victimes de la brutalité, mais aussi ses membres, les faisant devenir des cibles faciles. Si quelqu’un veut attaquer le mouvement, il sait qui cibler.

PI : Qu’est-ce que la protection collective pour vous?

GB: La protection collective c’est avoir une connexion parmi les institutions et les individus. Nous travaillons avec des groupes de femmes, des groupes féministes, d’autres organisations et ONG, afin de construire un réseau plus large et un environnement de solidarité. En ce moment nous essayons de bâtir des liens solides avec la classe moyenne, ils seraient des alliés précieux pour nos campagnes.

Pour Bunge la Wamama, la protection collective c’est la capacité à bâtir un réseau autour des problèmes qui comptent. Nous avons travaillé avec différentes organisations sur différents problèmes. Le résultat est une plus grande capacité à se rattacher: nous sommes rattachées entre nous et nous sommes rattachées à d’autres réalités. C’est ce qui nous donne une meilleure protection.

VA : Je pense également que cette connexion constante entre nous nous rends plus fortes. Nous connaissons le numéro de téléphone et le lieu de résidence de chacune d’entre nous par cœur, nous prenons quotidiennement des nouvelles de l’une et l’autre. Nous sommes liées, ce qui est notre force. Être connecté est une forme de protection.

 

Traduction: Emmanuel Stourm

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