RD Congo : Environ 450 000 personnes obligées de fuir une éruption volcanique à Goma.

Les défenseur·e·s des droits humains et le personnel de Protection International ont été contraint·e·s de mettre leur travail en suspens, alors que le volcan Nyiragongo entrait en éruption
 

Juin 2021 - « L'éruption volcanique du Nyiragongo est arrivée en trombe. Le système d'alerte précoce ne nous a pas alertés aussitôt et la lave est arrivée soudainement : la panique était totale, » explique Ephrem Chiruza, responsable de la communication de Protection International à Goma, en RD Congo.

Le jour avait commencé pourtant comme tous les autres, sans secousses ni tremblements de terre qui auraient pu indiquer une activité volcanique imminente. Vers 18h00, le ciel de Goma est devenu rouge feu. Beaucoup ont pensé à une habitation qui avait pris feu, mais en quelques minutes, des appels téléphoniques et des messages de personnes vivant au nord de la ville ont confirmé l'éruption volcanique du volcan Nyiragongo. Un afflux de vidéos montrant la lave s'écoulant en direction de Goma a semé la panique générale. La population a d'abord couru à la maison pour ramasser le strict nécessaire. Heureusement, la plupart a pu fuir et échapper à la trajectoire de la lave.

La coulée de lave s'est arrêtée à un kilomètre de l'aéroport international de la ville. Au moins 30 personnes ont perdu la vie et des centaines de maisons ont été détruites.

Au bout de deux jours,avec l'intensification des tremblements de terre et des secousses, la situation s'est aggravée. Des bâtiments se sont fissurés et effondrés, le courant a été coupé à cause de la lave qui a brûlé le réseau principal fournissant l'électricité à Goma. Des coupures de courant et des pénuries d'eau ont été observées dans plusieurs quartiers de Goma. Les prix des produits alimentaires sont montés en flèche et des pénuries temporaires ont été constatées.

Le 26 mai 2021, les autorités congolaises ont ont fait évacuer les habitants de la ville, car les scientifiques prédisaient une nouvelle éruption volcanique imminente dans le centre de Goma ou sous le lac Kivu, l'un des nombreux lacs de la vallée du rift est-africain où les plaques tectoniques sont très actives. En raison de l'activité volcanique, le dioxyde de carbone et le méthane s'infiltrent dans la couche d'eau chaude au fond du lac, et si ces gaz sont relâchés dans l'atmosphère, ils peuvent conduire à la mort par asphyxie. Mais si le méthane entrait en contact avec le feu, cela pourrait provoquer une explosion qui serait encore plus désastreuse pour les habitants de la ville de Goma et de ses environs.

En conséquence, environ 450 000 personnes ont fui Goma vers Sake, Minova et Bukavu, selon l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), dont de nombreux défenseur·e·s des droits humains issus des communautés avec lesquelles PI travaille à Goma. D'autres ont traversé la frontière pour chercher refuge au Rwanda.

« En allant à Sake, j'ai rencontré de nombreux enfants, femmes et personnes âgées épuisés sur la route. Une fois arrivé, j'ai vu les personnes déplacées entassées dans les écoles et les églises... sans aucune assistance, » a déclaré notre collègue Ephrem Chiruza, qui a quitté Goma pour Bukavu en voiture. Il lui a fallu deux jours pour atteindre Bukavu par la route, soit une distance d'environ 300 km. "Heureusement, mes deux frères et moi sommes arrivés sains et saufs", a-t-il déclaré.

Suite à la décision des autorités congolaises d'évacuer Goma, Protection International, comme de nombreuses organisations, a dû suspendre ses activités officielles à Goma mais a continué à fournir un soutien de base aux défenseur·e·s des droits humains, notamment ceux affectés par l'éruption. Par ailleurs, sept membres du personnel de PI basés à Goma ont été directement touchés : quatre ont dû évacuer les membres de leur famille à Bukavu et Minova.

Malgré l'immense choc que cette situation a généré, notre personnel à Goma a fait preuve de résilience et continue de reconstruire ce qui a été perdu. Avec le soutien de notre siège régional, nous avons poursuivi notre travail en toute solidarité avec tous les défenseur·e·s des droits humains de Goma qui ont dû fuir. Compte tenu de l'impact de la récente éruption sur la santé mentale des défenseurs, PI organisera des formations supplémentaires sur le bien-être, la gestion du stress et le soutien psychosocial en juillet prochain.

L'une de nos organisations partenaires, La LUCHA RDC, a joué un rôle essentiel sur le terrain en fournissant une assistance aux personnes déplacées. Les activistes de ce mouvement social ont aidé à répondre aux besoins de base, comme assurer la propreté des toilettes de la ville de Sake, l'approvisionnement en eau potable et l'alimentation des personnes déplacées. La LUCHA et d'autres mouvements ont lancé l'appel à l'action "SOS Goma Volcano Relief" qui vise à renforcer l'assistance aux personnes affectées ou qui sont à présent déplacées.

Plusieurs activistes ont reçu des menaces verbales et d'autres ont reçu des poursuites judiciaires pour le simple fait d'avoir signalé un détournement d'aide par les autorités locales dans le Territoire de Rutshuru, dans la Province du Nord-Kivu. Protection International demande instamment aux autorités de la RD Congo de veiller à ce que les activistes continuent à jouir de leur droit à la liberté d'expression en ces temps difficiles. En outre, PI fait appel à la communauté internationale pour qu'elle fasse preuve de solidarité envers les Gomatracien·nne·s, en particulier envers celles et ceux qui ont perdu leurs maisons et leurs biens lors de l'éruption du volcan Nyiragongo.

Trois semaines après l'éruption du Nyiragongo, les autorités congolaises et les scientifiques de la Surveillance Volcanologique de Goma ont autorisé les personnes déplacées à rentrer chez elles car les tremblements de terre et les secousses ont régulièrement diminué. Bien que la situation se soit améliorée, la plupart des habitants regagnent une ville où il n'ont plus d'abri et dont les infrastructures sont endommagées.Nous demandons instamment que les droits humains et les efforts humanitaires soient respectés et protégés lors de la reconstruction de Goma après la catastrophe.