Nous faisons appel à la Justice Congolaise afin qu’elle diligente – une enquête indépendante pour condamner les auteurs du meurtre de deux défenseures des droits humains en République Démocratique du Congo
Bukavu (RD Congo), 2 février 2022. Nous, Protection International Afrique (PIA) et la Coalition des femmes défenseures des droits humains du Nord-Kivu et Sud-Kivu (CFDDH) , condamnons fermement l’abject meurtre de madame Anne Marie BUHORO, défenseure des droits humains, commis par son propre mari, un officier au sein des services de sécurités congolaises dans la nuit du 28 au 29 janvier 2022 dans la cité de Minova, Territoire de Kalehe, dans la Province du Sud-Kivu, en RD Congo.
Nous condamnons également la recrudescence des actes de féminicide contre les défenseures des droits humains au Sud-Kivu et demandons instamment aux autorités congolaises de renforcer la protection des défenseures des droits humains conformément à la Résolution 1325 et la Convention sur l’élimination de toutes formes de discrimination à l’égard des femmes. Toute défenseure des droits humains bénéficie d’une protection spéciale contre toute sorte de menace, violence ou torture ou autre forme d’abus et de discrimination, stipule l’article 6 de l’édit portant protection des DDH (Défenseurs des Droits Humains) et journalistes du Nord-Kivu.
Le meurtre de Madame Anne Marie BUHORO vient de se produire alors que nous continuons de pleurer notre collègue Charline KITOKO, journaliste à la Radio Shala de Kamituga, qui a été également tuée par son mari à la suite d’une dispute. Nous exhortons les autorités congolaises à arrêter les auteurs de ces deux meurtres, les juger en toute transparence et les sanctionner conformément aux instruments juridiques congolais (Constitution de la République).
Ces deux cas, qui illustrent la fragilité de l’environnement domestique dans lequel vivent les femmes DDH, s’ajoutent à plusieurs autres : de juin à septembre 2021, l’Association des Femmes des Médias a documenté plus de 190 cas de violences domestiques dans la Province du Sud-Kivu. Encore plus nombreuses sont les femmes qui, dans le silence, subissent différentes formes des violences domestiques dans leurs foyers. Nous rappelons la nécessité de mettre en place une vaste campagne de sensibilisation des communautés sur la masculinité positive et l’égalité de genre pour lutter contre les violences conjugales et autres maltraitances domestiques qui deviennent de plus en plus récurrentes au sein de nos communautés.
De son vivant, madame Anne Marie BUHORO était une fervente activiste de droits humains et agent de la Fondation PANZI. Elle a consacré sa vie dans lutte contre les violences sexuelles faites aux jeunes filles et femmes dans sa communauté. En tant que survivante des violences sexuelles, en 2013, elle a joué un rôle incontournable dans le procès de MINOVA, dans une affaire de viol de masse commis par les militaires congolais qui fuyaient face à l’entrée des forces rebelles du mouvement M23 dans la ville de Goma en 2012. Grâce à son combat, côte à côte avec autres acteurs de la société civile, les auteurs de ce viol furent condamnés.
Nous tenons aussi à lancer un appel de solidarité en faveur des orphelins laissés par les deux infortunées. Ce même appel s’étend à l’accompagnement des organisations de la société civile engagées sur terrain pour que justice soit rendue.
Contact : coalitionfddh [at] gmail.com